Quand dans les années 70 quelques pionniers
osèrent en France parler de sexologie, ce furent pour la plupart des
psychiatres. Rien d’étonnant à cela puisqu’au XIXième siècle, les
précurseurs qui se sont intéressés à la sexualité étaient psychiatres et
l’ont fait essentiellement à partir des déviances sexuelles, faut-il
rappeler que pour le plus célèbre d’entre eux, Krafft- Ebing,
l’hétérosexualité elle-même, hors sa fonction procréative, était une
perversion.
Peu après le génie de Freud a été d’affirmer le caractère ontologique de
la sexualité dans la psyché. Il y a quarante ans l’enseignement de la
Faculté continuait à ignorer superbement la fonctionnalité génitale, sa
plus grande avancée en ce domaine étant de rebaptiser les vaisseaux
sanguins et les nerfs dits honteux dans les anciens traités d’anatomie
en vaisseaux et nerfs pudendaux dont l’étymologie nous renvoie toujours
à la honte.
La découverte fortuite en 1996 par les laboratoires Pfizer de l’action
du Sildénafil sur l’érection a été une révolution, certes les injections
intra-caverneuses de Prostaglandine avaient ouvert la voie, mais nous
disposions pour la première fois d’un médicament sexo-actif per os
remarquablement efficace. Cela suscita l’enthousiasme des médecins et en
particulier des urologues qui pour la plupart s’intéressaient peu à la
sexologie jusque-là.
La Médecine Sexuelle était née et c’est un progrès certain.
Quinze ans sont passés, l’heure des génériques est arrivée, l’intérêt de
l’industrie pharmaceutique se détourne de la recherche de médicaments
destinés à améliorer la fonctionnalité génitale. Retour du balancier,
les thérapies de l’âme : T.C.C., hypnose, approches psycho dynamiques et
intégratives et une nouvelle venue : l’EMDR, retrouvent leur place comme
au beau temps des formations très éclectiques que prodiguait naguère la
SFSC aux futurs sexologues.
Mais un progrès irréversible a été accompli avec la notion de santé
sexuelle. Le tout psychologique a souvent été dans le passé l’expression
de notre ignorance et n’est-ce pas encore le cas de la sexualité
féminine ? Le Dr Nicole Arnaud-Beauchamps a judicieusement rappelé dans
le dernier numéro de Sexologos, avec la pétition de l’ISSWSH, la carence
de la recherche en ce domaine.
En conclusion de ces cinquièmes Assises, nous pouvons espérer, me
semble-t-il, que la sexologie ait atteint après quarante ans l’âge de la
maturité, maturité dans la complémentarité pour nos deux Sociétés dans
le respect de nos différences, maturité d’une approche heuristique
permettant de développer une recherche médicale encore insuffisante sans
oublier pour autant le rôle de la fonction symbolique du sexuel dans la
psyché humaine.
|