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1res Assises Françaises de Sexologie
et de Santé Sexuelle

 

1er partie

DE LA VIOLENCE À LA PERVERSION

 

DE LA FANTAISIE AU DÉLIT
Par Patrick BLACHERE


Suite aux discours des précédents orateurs, l’envie vous est peut-être venue de vivre vos fantasmes ou du moins d’élargir votre imaginaire érotique. Je reviens vers une question soulevée par le Docteur Esturgié qui était : «Cela n’est-il pas dangereux sur un plan psychopathologique de vivre ses fantasmes ?» La question n’a pas eu de réponse et même si on y répondra sûrement l’an prochain, aux Assises de Lille, je souhaiterais intervenir maintenant sur le plan médico-légal, concernant le risque d’incarcération et/ou de se retrouver en garde à vue si on laisse son imaginaire érotique passer à l’acte. Le mot « fantaisie » dans l’intitulé de ma communication a été choisi et a eu ma préférence contre le terme de «fantasme».

Il est vrai qu’on distingue cliniquement deux niveaux d’élaboration de ce qui peut servir à nous exciter. La fantaisie, tout le monde l’utilise soit pour faire naître le désir soit afin de l’entretenir. Le fantasme renvoie à une dimension plus inconsciente, les psychanalystes font une nette séparation et je pense que cliniquement cela représente quelque chose. Lorsque votre partenaire vous mordille le lobe de l’oreille et que la sensation éprouvée vous plait, il très vraisemblable que vous revivez quelque chose de l’ordre du fantasme cannibalique. Par contre, si vous avez un partenaire Japonais, schizophrène et un peu cannibale cela risque de mal finir ; on voit donc bien les dangers psychopathologiques des fantasmes.
Alors pourquoi se poser la question entre fantaisie et délit, c’est tout d’abord lié à la représentation chiffrée de la violence sexuelle.

Il y a quelques années, le Président de la République Monsieur Sarkozy, était au ministère de l’intérieur et il a fait un observatoire sur la criminalité et la délinquance. On en parlait beaucoup suite à la diminution des crimes et des violences sexuelles, maintenant on en parle plus, mais l’observatoire continue. Et ce qui témoigne en 2007 par rapport à 2006, c’est une augmentation de plus de 5% des crimes et des délits sexuels en France. Une question se pose : «Est-ce que la généralisation de ses pratiques sexuelles marginales, leur inflation et l’accès illimité à Internet peuvent être mis en relation avec l’augmentation des crimes et des délits ?».

La première chose que l’on peut dire, et j’emploierais indifféremment dans un souci de simplicité les mots fantaisie et fantasme, mais c’est de fantaisie dont je parlerais : Est-ce qu’il existe un nombre limité ou illimité de fantasmes ? On a tous des fantasmes et on peut toujours en trouver d’autres.

Un auteur dans un livre extraordinaire, épuisé, qui s’appelle : «Psychanalyse et copulation des insectes» de Tobie Nathan essaie de passer en revue tous les fantasmes imaginables. Sa théorie est amusante, il dit que tous les fantasmes imaginables se trouvent dans la nature chez l’insecte. On peut aussi afin d’apprécier les fantasmes de nos congénères réaliser et étudier des enquêtes, la plupart qu’elles soient historiques comme le rapport Kinsley, Nancy FRIDAY ou mêmes récentes, elles comportent des biais méthodologiques.
Nous sommes plusieurs experts à ce Congrès et nous voyons au cours des expertises des sujets rapportant des fantasmes non cités dans les enquêtes, des choses extrêmement «gores». La difficulté même dans les enquêtes efficaces et/ou scientifiques est d’oser y répondre même si c’est anonyme.
Quand on est interrogé par l’I.N.S.E.R.M. de façon téléphonique et qu’on annonce avoir des fantasmes pédophiles, la crainte d’être dénoncé est présente. Cela est loin d’être évident. Si toutefois vous souhaitez faire le test ce soir auprès de votre conjoint, vous lui annoncez que vous avez rêvé la nuit dernière à : «une ballade nu sur une plage, la laisse du chien autour du cou et qu’il menait la promenade», et puis la semaine dernière j’ai rêvé que : «j’étais entrain de violer la petite Magalie le jour de son baptême», cela risque assurément de créer des problèmes au sein de votre couple.
Ceci montre l’existence de biais méthodologiques et pourquoi on ne retrouve pas tous les fantasmes au travers des enquêtes.
En 2008 une enquête s’appelant Seigneur Planète a mis en évidence les 15 fantasmes les plus retrouvés chez les hommes et chez les femmes. Le fantasme qui prévaut chez les hommes est d’avoir deux femmes à la fois et celui des femmes est de faire l’amour en pleine nature avec l’idée de pouvoir être surprise. En parlant d’être surprise on retrouve l’idée de s’exhiber et s’exhiber est un délit, le passage à l’acte n’est pas rare.

 

Les pratiques et les chiffres


J’ai pris l’exemple de la Savoie, département qui totalise 1 000 400 habitants. On peut jouir en Savoie et en Haute-Savoie de 7 saunas libertins, 5 discothèques libertines, 9 sex-shops et d’innombrables bars à hôtesse, dont 6 pour la seule ville d’Aix-les Bains qui compte 25 000 habitants, une entraîneuse pour 150 hommes. Tout cela signifie que les pratiques sexuelles de prostitution sont peut-être en augmentation du moins dans les départements reculés. Le chiffre de 1 lieu libertin pour 100 000 habitants peut-être éventuellement mis en relation avec les 5% des Français fréquentant le milieu échangiste. Et il existe un marché financier, la preuve en est donnée. En ce qui concerne la loi, certains fantasmes sont punissables. Notamment, le seul fait de représenter un acte pédophile en dessin et de le publier, est un délit.

La loi varie aussi d’un pays à l’autre, comme dans certains pays du Maghreb ou s’embrasser en public est interdit, à contrario, on revient là sur la notion de norme pathologique, légale et morale, certaines paraphilies (anormalités psychopathologiques) ne sont pas poursuivies pénalement. En garde à vue après avoir vu les gens, on fait les expertises, alors on peut se demander quels sont les fantasmes qui sont le plus pourvoyeurs d’expertise. Suite à une étude, sur 1000 expertises, c’est l’exhibitionnisme qui est le plus fréquent. Les femmes aussi sont exhibitionnistes et passibles d’emprisonnement, on le voit bien sur Internet où on assiste à des ébats amoureux filmés.

Le fétichisme est peu lié aux expertises sauf quand il y a eu vol de sous-vêtements. La zoophilie est une pratique beaucoup plus fréquente que l’on ne le croit. Suite à des interrogations de détenus emprisonnés pour d’autres raisons et d’autres crimes sexuels, on retrouve souvent des évocations à l’acte de zoophilie alors que les enquêtes et les statistiques ne parlent pas de cela. On note très peu de poursuite judiciaire pour les actes zoophiles.

Concernant le viol dans le couple, c’est quelque chose qui devient de plus en plus fréquent dans les expertises. En 2007 sur une année presque 1% des femmes reconnaissaient dans leur couple avoir été violées (en sachant que toutes les femmes violées ne portent pas plainte).
On recense deux types de viol, soit l’homme impose à sa partenaire de façon violente un acte sexuel, soit il y a un viol par surprise, quand la femme dit oui au départ et puis non ensuite ; l’homme dans son excitation ne va pas l’entendre, et en général, on retrouve quelque chose de l’ordre de la tentative de sodomie.
C’est toujours un coït à tergo qui glisse vers une sodomie. La chose inacceptable c’est est-ce que ce fantasme est si couramment admis ? Ce n’est pas évident, en tout cas le vécu du viol existe, d’autant plus quand la relation sexuelle imposée est la pénétration.

Une enquête annonce que 35 % des Françaises pratiquent la sodomie, quand même !
Autre fantasme intéressant c’est le fait de stimuler son imaginaire érotique sur Internet. On assiste mensuellement à la mise en examen d’un ou deux sujets pour détention de matériel pédopornographique. Généralement, le F.B.I. fait son enquête et donne des listings et parfois ce sont des saisis de disque durs réparés chez Auchan où à la FNAC qui font office de preuve. Les sujets entendus prétendent à un téléchargement massif d’images et dans ce lot d’images pornographiques qu’ils ont téléchargé, ils ont été fascinés par les scènes qu’ils regardaient. Le danger de la pornographie sur Internet à la différence de XXL, ou Canal+, ou du sex-shop c’est l’accès à des images tout à fait illicites et sans limites. Elles sont certes pédophiliques mais aussi zoophiles ou scatophages et ces images fascinent les gens.

Le problème n’est donc pas d’avoir recours à la pornographie mais surtout que la pornographie sur Internet soit illimitée dans la nature des fantasmes mis en scène. Les sujets qui manquent de repères ou des sujets qui sont un peu limités ou addicts vont trouver dans Internet quelque chose qui va les faire basculer. Et derrière cette fascination, ils vont aussi télécharger.
Mais soyons clair, même s’ils affirment ne pas être excités devant les fantasmes pédophiles téléchargés, ils vont devoir le prouver devant un jury et cela ne sera pas si évident. Un petit mot sur les fantasmes hard. Dans notre étude, le cannibalisme avec meurtre ou, un peu comme Fourniret, des viols suivis de meurtres, sont des choses exceptionnelles. Concernant les cas de 1000 expertises on a retrouvé qu’un cas de sadisme extrême avec meurtres de plusieurs enfants et l’enquête a conclu à une dénonciation calomnieuse par un sujet mythomane. Donc il y a peut être moins de Fourniret que l’on ne croit et c’est dommage que cela occupe le devant de la scène tout en évitant d’avoir une perception clinique. Quelles sont les situations à risque concernant les patients, celles qui vont finalement vous faire déraper ?

La première chose est que des patients possédant un trouble aient du mal à distinguer le symbolique de l’imaginaire et face aux images d’Internet ne posséderont pas le recul nécessaire afin de gérer au mieux la situation. Ceci est un premier facteur de risque.
Le deuxième facteur de risque est, si on vit un fantasme, qu’il vaut mieux être lucide afin d’obtenir le consentement irréfutable de sa partenaire. Souvent dans les cas de violence où les sujets sont mis en cause pour des viols conjugaux ou pour des fantasmes qui ont dérapé avec exhibition, on retrouve cette notion de discernement altéré par la prise d’alcool ou de toxique. Qu’est-ce qu’on risque pour soi-même en fréquentant des lieux échangistes ? Les boîtes échangistes ont toutes des sites Internet. Mais essayons de nous immerger dans tout cela, après avoir surfé 1h30 sur les sites, vous essayez ensuite de regarder pendant 3 à 4 heures un film pornographique sans vous masturber. Et suite à ces activités, vous sortez faire vos courses et vous verrez que la vision de la caissière d’Auchan ou du vigile ne sera plus très simple.

Nos patients sont dans le même trouble. Quand on va dans les lieux échangistes on est confronté à l’excitation environnante, puis à une sorte de désinhibition, d’ivresse, qui fait que le consentement n’est pas facile à donner, et de même, le non consentement de l’autre est peu entendu. Il est vrai que pour les experts l’explosion de ces lieux échangistes amène un travail certain.

Une pratique criminogène peu connu est la psychothérapie. Le sujet a déjà été abordé l’an dernier, les plaintes sont au moins de deux par an depuis 6 ans et de un à deux thérapeutes sont mis en cause pour des faits d’agression sexuelle. L’intérêt de cette observation est que ma communication parle de fantasme et un thérapeute sur 3 en faisant l’amour pense à un de ses patients contre une sur dix pour les femmes. On peut imaginer, si on pense à un patient durant la nuit en se masturbant ou en faisant l’amour, que le lendemain en voyant ce patient le dérapage est envisageable.
Les passages à l’acte sont relativement fréquent on trouve 10% chez les médecins hommes en France et aux Etats-Unis. Même en dehors du passage à l’acte, finalement l’imaginaire érotique n’est pas sans danger. Il est vrai qu’en tant que sexologue on insiste sur le fait d’ouvrir l’imaginaire érotique de vos patients. Mais peut être pas à tout le monde ? D’abord, car certaines pratiques sont légales dans certains pays et non légales dans d’autres. Deuxièmement on doit se rappeler ce qu’est jouer et à ainsi distinguer l’imaginaire, le symbolique, du réel.
La grande difficulté est aussi d’apprécier le consentement de son partenaire, on sait que le nombre de plaintes déposées pour viol conjugal est en pleine inflation. Autrement dit en parlant des fantasmes, je montre là mon désaccord avec Tobie Nathan car il n’avait pas imaginé que deux insectes fassent l’amour sous le regard d’un huissier. Et c’est ce regard que je vous propose d’essayer, ceci afin d’être certain du consentement écrit de votre partenaire avant de vivre vos fantasmes.

 

Conclusion
Est-ce que sexologue est la profession d’avenir ? Je ne pense pas, ce serait plutôt la profession d’avocat. On peut constater avec certitude que la sexualité est de plus en plus l’affaire de la justice, y compris la sexualité au sein du couple, donc jouer avec ses fantasmes est de plus en plus périlleux. Méfiez-vous de votre couple, méfiez-vous d’Internet, il vaut  mieux aller au porno, au sex-shop que sur Internet. J’insiste beaucoup sur ces affirmations.

 


EN FAIRE LA PREUVE.



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